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Les années, puis les mois, puis les semaines, puis les jours, et le jour où l’édifice humain s’est écroulé sur lui-même, consumé et abattu par les coups répétés.  Collègues, amis, frères, sœurs, voisins, tous avaient pris part à l’abattage de son corps et à la démolition de sa santé mentale. Sans explosif, aucun, certains n’avaient porté qu’un seul coup pour se dédouaner et extérioriser la faute sur le reste du groupe. D’autres avaient frappé et poignardé frénétiquement l’amie un peu trop élégante, la sœur, la voisine généreusement empathique. Celle dont l’apparence et la conscience professionnelle faisaient de l’ombre à tant de monde devait être abattue pour profiter du soleil d’un succès relatif et quel manque de confiance montraient-ils ceux-là mêmes qui auraient pu se déplacer pour briller. Au lieu de cela, ils ont préféré la détruire et peu importe si elle mourrait, car c’était un peu de sa faute. Elle devait se défendre, devenir aussi lâche, aussi bestiale qu’eux. Que pouvait-elle bien penser alors que nous étions en train de la tuer ? Une conscience peut-être ? Mais pourquoi s’encombrer du poids de Caïn au XXIᵉ siècle ? L’humain ayant évolué, elle ne pouvait s’encombrer d’une telle faiblesse et préférer des sentiments bestiaux et des armes numériques à travers des mails assassins. Ce même assassin tantôt numérique derrière son écran tuait à distance, tantôt comploteur provoquait l’érosion de l’être à abattre à grands coups de rumeurs et entrainait un effondrement digne d’un séisme.

L’écroulement se faisait lentement depuis l’épicentre puis progressait menaçant au fur et à mesure que les coups pleuvaient. Les ondes de chocs auraient raison d’elle, croissants et la faisant trembler sur ses plus profondes certitudes.  Au fil du temps, la tempête des maux, des mots et des coups qui s’abattaient finirent par la terrasser. Un jour, elle tombe, épuisée, érodée, abimée. Elle pense se relever, mais son corps ne le peut plus et ne veut plus. Une beauté si fragile, un être si généreux était au sol bien qu’elle ait tenté de se protéger, la tête entre les mains, laissant l’orage passer.  Des mois, elle restera dans cet état alité, apeuré, le muscle cardiaque fragilisé. Ces mois deviendront des années, car ces mots, ces attaques constituent un attentat social qui ne dit pas son nom. Il se vêtit des habits de la dépression ou du burnout suivant les saisons. Signature de la tyrannie humaine et sociale, l’engin explosif avait été concocté avec le plus grand soin et l’amateurisme de l’animal pour un résultat qui se voulait destructeur à souhait et c’est chose faite. Point de minuterie, le temps ferait son affaire.

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Tendres terroristes, vous pouvez être fiers, car votre tâche est accomplie et votre victime côtoie la faucheuse.  La voie tremblante, le corps à l’abandon, elle se désocialise. Ses crises d’angoisses deviennent attaques de paniques aussi bien chez elle qu’au-dehors. Elle se réfugie donc dans un cocon de survie et fabrique une cellule pour se protéger du monde. Elle ne croit plus en elle, ni même en sa survie. Son existence réside sur la peur d’une mort qu’elle a discrètement désirée.  Elle ne veut plus vous entendre et pendant longtemps, elle mûrira sa vengeance. Cette dernière fera place au dédain et à l’oubli, car la vengeance demande trop de temps et d’attention. Elle tournera la page, alourdie par le poids des péchés de ses bourreaux. Péniblement, mais surement, la belle généreuse reprendra goût à la vie et vous laissera en paix ou non, avec vos âmes, tendres bourreaux.

Ce texte est dédié à une amie rescapée

Abdelhamid NIATI

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